Les nuits d'encre

Les nuits d’encre est un festival de textes et d’images qui invite à lire et à découvrir des auteur·rices aux univers riches et variés, dans des lieux qui favorisent la rencontre, partout en Brabant wallon !
Coordonné par la Bibliothèque centrale du Brabant wallon (FW-B) et le Centre culturel du Brabant wallon, l’édition 2026 du festival bénéficie de l’enthousiasme qu’Aurélien Dony, invité d’honneur, insuffle à de nombreux partenaires. Cette année, la programmation du festival s’est construite autour de la thématique : familles choisies.

Familles choisies

Pas encore un édito. Pas vraiment. Plutôt en vrac les mots d’un poète qu’on invite à la table.

Camille et Catherine m’ont proposé de réfléchir avec vous, de rêver avec vous, d’imaginer large. Nous voilà, énergies conjuguées, à établir le plan des possibles, à secouer toutes nos idées, à rassembler nos forces et à agiter nos imaginaires.

Et toutes ces idées, ces pensées, ces projets, ces élans… Se trouvent cristallisées dans le thème retenu cette année.

Famille choisie.

J’aimerais vous raconter quelque chose.

Hier, dimanche après-midi, je prends le train pour Amay, en terres liégeoises. Je dois récupérer des livres. Jeudi, je pars pour Québec, quelques jours. Je suis invité au Festival international de poésie de Trois-Rivières. En accord avec mon éditeur, dont l’imprimerie se situe à Amay, je passe donc chercher des exemplaires de mes derniers recueils. Il fait beau. Le ciel est bleu. J’ai de l’amour au coeur d’avoir passé ces dernières heures auprès de celle que j’aime (je n’y reviendrai pas, c’est un autre sujet).

Je retrouve là-bas une amie poétesse, en résidence dans les lieux.

Elle écrit. De la poésie. Nous quittons le seuil de la maison pour un banc au soleil. Et nous parlons de la vie.

Elle parle de son désir d’enfant. Elle veut devenir mère. Son compagnon n’est pas prêt. Mais moi, dit-elle, ce désir, je le porte depuis longtemps. Cet enfant, il faut qu’il soit là maintenant, qu’il prenne corps, voix, chair. Lui déjà porté depuis si longtemps. J’aimerais le toucher, le voir, l’entendre. Mon compagnon n’est pas prêt. Alors quoi ? Le quitter ?

Elle l’aime le quitter sûrement pas mais un an de plus serait un an de trop.

Quelles pistes ?

J’ai des ami·e·s à Marseille (elle vient de Marseille) mais personne d’assez proches. Pas possible là-bas d’imaginer une famille choisie.

Je n’ai pas là-bas de famille choisie.

Le thème de notre festival se glisse pour la première fois dans une discussion vraie dans mon réel à moi.

Famille choisie.

Quelles amies, quels amis, quels camarades enfin pour élever avec soi un enfant ? Mère célibataire c’est possible, PMA, et puis pas de père mais des adelphes et l’amitié en cercle pour porter dans le monde les premiers pas de son enfant.

Famille choisie.

Une famille qui ne soit pas de sang. Une famille de coeur. Une famille de lutte. Une famille refuge. Une famille qu’on se souhaite, qu’on s’aménage, étoiles dispercées que notre amour soudain rassemble en une même constellation. On se met à rêver. Quitter les siens, j’entends, la cellule familiale, les liens bilogiques couper comme ça hein,  le père, la mère, les mères, les pères, les frères, les soeurs, les adelphes (juste un peu, pas forcément pour toujours, pas quitter mais prendre un peu distance, prendre distance et faire famille autrement).

La littérature en cette rentrée expose en bien des livres la question de la transmission, de l’héritage, des secrets familiaux, de leur poids, leur répercussions. De Caroline Lamarche à Antoine Wauters, en passant par Laurent Mauvignier ou Emmanuel Carrère, Amélie Nothomb et Adèle Yon l’année dernière, mais on pourrait également citer Marguerite Yourcenar et ses Archives du Nord il y a bientôt 50 ans de cela… Tant d’auteurices ont mis les mains dans le terreau de leur enfance, ont remonté le fil du temps pour interroger un aïeul, une ancêtre, afin de comprendre mieux de quel bois iels  sont fait·e·s.

Mais une famille choisie.

C’est la sororité, la fraternité, l’adelphité. C’est la camaraderie et l’amitié. C’est mettre au centre, non le couple, non l’enfant, mais la joie de celleux qui se rencontrent et se disent je m’entends mieux de te connaître, tu me fais au monde exister, avec toi la lutte au finish ; quitter d’un pas la famille nucléaire – entrer dans la nébuleuse, ramifier au-delà de l’arbre généalogique. C’est les communautés queers, les collectives, les collectifs. C’est tant de voix qui se répondent en une même chambre d’échos.

On dit : « on ne choisit pas sa famille. » Et si… Si nous lancions comme…

Comme un pari. Celui de  Pascal ou de Nietzsche. Si Dieu existait… Si nous devions vivre éternellement la même vie…

Et si j’avais choisi la famille que je n’ai pas choisie. C’est ça, oui, si cette famille, la mienne, celle de sang, je m’imaginais soudain l’avoir choisie. Si je me disais : cette famille, c’est la mienne, je la choisis. Verrions-nous nos parents du même oeil ?

Choisir. Ne pas subir.

Famille choisie.

De sang ou de coeur.

Choisir.

Etre là où ça pulse

Ça respire

Ça s’ouvre

Etre là où.

Le fracas du monde

Ne nous assourdit pas.

Reprendre souffle où

L’on manquait d’air.

Choisir sa famille.

Encore.                                           

Aurélien Dony

L'artiste

Aurélien Dony

Née en 1998 à Orléans, Nina Six vit depuis une dizaine d’années en Belgique. Sa pratique narrative est intimiste, personnelle et fondée sur des archives personnelles et historiques. Diplômée de l’institut Saint Luc à Tournai et de l’ERG à Bruxelles, elle travaille depuis 2021 sur différents projets de bande dessinée et d’illustration.

Après deux bandes dessinées chez Sarbacane : Les Pissenlits, pour laquelle elle a reçu le Prix Bologna Ragazzi Comics Award 2024 Middle Grade, et La Mousse, Nina Six fait ses premiers en album jeunesse avec Monsieur Bigounia et Maud Champignon.

Elle travaille actuellement sur une bande dessinée historique à paraître en septembre 2025.

Bibliographie

  • Les Pissenlits (Sarbacane 2022)
  • Alfred et les enfants oubliés (Milan 2023)
  • La Mousse (Sarbacane 2024)
  • Monsieur Bigounia (Sarbacane 2024)
  • Les Petites Sorcières : Maud Champignon (Sarbacane 2024)
  • Les Petites Sorcières : Belladone (Sarbacane 2025)
  • La Sorcière de Londres (Sarbacane, 2025)

Programmation

Participez à notre concours dessin !

Participe au concours de dessin du festival Les nuits d’encre en inventant une nouvelle image à partir de la magnifique affiche d’Emilie Gleason ! À quoi ressemblerait le repas de la famille choisie de la lettre O ? À toi de l’imaginer en transformant les lettres en personnages, en décorant la table, en créant le repas…Ensuite dépose ton dessin dans ta bibliothèque préférée et tu recevras peut-être un superbe lot de livres d’Emilie Gleason !

Télécharge le dessin ici Concours ouvert à toutes et tous, de 5 à 105 ans !

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